French Essay concerning the Dagara

3 May


Outre cette piste mandingue, Henri Labouret, administrateur colonial, puis professeur à l’école des langues orientales vivantes et à l’école coloniale, auteur d’un livre intitulé Les tribu du rameau lobi, publié par l’Institut d’ethnologie de Paris en 1931, dit avoir été initié en 1924 alors qu’il avait la responsabilité administrative de la région. Selon cet administrateur ethnologue, le joro aurait été emprunté aux Dagara-wiilé. Toutefois, on note que l’initiation Dagara ne se déroule pas de la même manière que le joro (nous y reviendrons pour ce qui concerne l’initiation dagara). Néanmoins, les Lobi disent que ceux des dagara qui participent au joro sont très habiles dans le déroulement des cérémonies. Par ailleurs, la coutume veut que les jorbè (enfants du joro, ceux qui seront initiés) donnent des coups de fouet aux non initiés qu’ils rencontrent sauf à un Dagara-wiilé, ce qui semble attester d’une relation privilégiée avec ce groupe sans que nous ayons davantage d’éléments permettant de confirmer l’origine dagara-wiilé du joro.
Ainsi l’origine exacte de ce rite reste difficile à déterminer chez les Lobi qui disent pourtant l’avoir adopté.

Déroulement du joro

Une session du joro couvre généralement 22 mois. Pendant cette période, plusieurs rites sont accomplis dont une marche jusqu’au fleuve –frontière qui sépare le Ghana du Burkina Faso. Le déroulement qui sera ici présenté, portera essentiellement sur cette marche conçue comme étant l’exécution d’un pèlerinage qui conduit les membres de chaque groupe patrilignager jusqu’à la Volta noire (désormais dénommée Mouhoun en 1984), fleuve mythique qui a marqué le mouvement migratoire des Lobi venus du Ghana ainsi que nous l’avons déjà vu.
Ce pèlerinage débute dans la maison du chef de clan qui, le jour venu, rassemble les jãkumà (novices, néophytes, candidats à l’initiation). Le soir après le coucher de soleil, l’appel est fait par un son de flûte, instrument qui n’est joué qu’à cette occasion. Peu de temps après ce son de flûte arrivent de tous côtés les novices accompagnés chacun du chef de famille. Pendant ce temps, l’obscurité de la nuit s’épaissit progressivement et les tambours du joro roulent. Lorsque cesse le roulement des tambours, c’est le prêtre du joro qui rentre en scène. Il fait asseoir les néophytes et demande aux chefs de famille d’approcher. C’est la toute première étape, le premier rite qui marque le pèlerinage ou la grande marche.
Prenant place à côté de l’autel installé en face de l’entrée de la maison, le prêtre procède à un sacrifice de poulets, sacrifice destiné à demander protection aux ancêtres et au dieu du joro. Après avoir accompli les sacrifices nécessaires, vérifiant ainsi du même coup l’accord des ancêtres pour l’exécution du joro, le prêtre prélève, d’un canari placé sur l’autel de la boue et trace une croix sur le front et la poitrine de chaque candidat. La fin de ce marquage est signifiée par un cri collectif poussé par les jãkumà sur la demande du prêtre. Ce cri est dit de ralliement, c’est le premier signe par lequel les jãkumà marquent leur aspiration à la société du joro ; c’est le premier fait qu’ils partagent avec les initiés.
Une fois cette première cérémonie achevée, les novices passent la nuit sur la terrasse du prêtre. Mais cette nuit est fort tourmentée, car au moment où ils ont lancé leur premier cri de ralliement, ils ont entendu ceci : « Vous verrez, il vous attend » in Joseph Antoine Kambou, Le joro ou initiation sociale des Lobi dans le sud de la Haute-Volta, mémoire présenté à l’École pratique des Hauts Etudes, Paris, 1972. Madeleine Père, Les lobi, tradition et changement, T1, p.230-256 ; 311-327.

C’est en ce moment précis que commence cette première caractéristique du joro consistant à vaincre la peur et tout est fait pour que la peur s’installe. Et nous le voyons aussi, la construction du secret commence : « Il vous attend ». Mais de qui s’agit-il ? Nul ne le sait. Et que va-t-il nous faire ou nous faire faire ? Personne n’est capable de le spécifier. À travers la construction du secret on cherche à installer au maximum la peur qui est la tension dominante pendant toute la durée de la marche. Pour accentuer cette peur, la tradition exige que les départs des novices aient lieu à l’abri de tout regard indiscret. Aussi, au 2ème chant du coq, c’est-à-dire vers 4-5 heures du matin (quelques fois le départ puis la marche se font durant toute une nuit) la colonne se forme et commence à s’enfoncer dans la brousse. Cette file indienne, qui est conduite par le chef local est composée des :
• Néophytes
• Instructeurs
• Accompagnateurs (djurdjur) et parrains
• Femmes chargées du transport des provisions

Partis aussi tôt, les candidats au joro ne doivent plus boire ni manger avant l’arrivée au lieu sanctuaire (Puguli bàà (marigot des Puguli) ou Batié nord). Bien que pour se rendre à ce lieu, il y ait des sentiers, voire des routes la caravane devra emprunter des voies qu’elle se crée elle-même. C’est donc très souvent des endroits difficiles d’accès qui seront choisis, collines, marécages, etc. Dans ces lieux éloignés des villages et inhabités, la marche devient forcée et cela se comprend pour des enfants de 6-7 ans pour la plupart même s’il est vrai que des jeunes de quinze ans voire plus, sont parfois de la partie. Le caractère obligatoire de la marche s’observe à travers les coups de fouets qui sont administrés à ceux ou celles qui ne font pas preuve d’endurance.
À la tombée de la nuit, la colonne atteint sa première étape. Mais le nombre d’étapes dépend d’où on part. Il est évident que les plus éloignés du lieu de destination observeront davantage d’étapes. Toutefois, à chaque étape, la tension, notamment la peur, est chaque fois un peu plus intense. Ainsi à l’avant dernière étape, la nuit est encore plus difficile. Cette difficulté tient au menaces réitérées de la future rencontre avec le Il, ce personnage dont personne ne sait d’où il vient, où il est, comment il est et que fait-il et encore moins que va-t-il nous faire. Ainsi, les bruits étranges et effrayants déjà entendus la nuit précédant le départ, s’intensifient y compris des bruits jamais entendus.
Ce bruit effrayant et indéfinissable, ce bruit qui ressemble à la fois au rugissement d’un lion et beuglement de buffles, deux animaux sauvages redoutables et craints, ce bruit est émis par un instrument. Il s’agit d’un fer plat de 30 cm sur 5 cm avec un trou à l’un des bouts, trou dans lequel passe une corde par laquelle on fait tourner le fer au-dessus de la tête. Cet instrument est nommé rhombe.
De cette manière, les jãkumà malgré la fatigue, aggravée par le manque d’énergie dû à l’absence de repas, auront une nuit agitée et donc peu de sommeil. Pourtant, au premier chant de coq, c’est-à-dire vers 2-3 heures du matin, la marche reprend. Alors qu’ils n’ont toujours pas mangé ni bu, les instructeurs feront semblant de les laisser aller vers un marigot, éventuellement traversé par la colonne, et juste au moment où ils s’apprêtent à se désaltérer, ils sont brutalement interrompus par des coups de fouets qui les éloignent de l’eau.
À midi, de cette 2ème journée de marche, on marquera un temps d’arrêt. C’est l’un des moments les plus dangereux pour les néophytes. En effet, cet arrêt, au lieu d’être un temps de repos, il est celui consacré à des actes de “maltraitance”. On vous tire les oreilles, vous fouette sans raison apparente, on se jette sur vous comme pour vous écraser. Le non-dit de cette pratique est en réalité une vengeance exercée par les anciens initiés, notamment ceux de la session précédente, soit parce qu’ils ont souffert et estiment que leur souffrance doit être payée par quelqu’un d’autre, soit parce qu’une personne de votre famille leur a fait subir le même sort à l’occasion de la précédente session. Néanmoins, le but avéré de cette pratique est d’imprimer une endurance aux sujets. Un adulte est celui qui a une capacité d’autocontrôle certaine quelque soit l’intensité de la difficulté à laquelle il est confrontée. C’est grâce à ce contrôle qu’il pourra avec lucidité prendre les décisions qu’i s’imposent.
Ainsi, la raison sociale qui explique le bien-fondé et l’acceptation de la pratique est à chercher dans l’éducation à l’endurance. En effet, il s’agit de subir, de supporter sans contester. Ce qui réclame une maîtrise de soi et si ce n’est pas le cas, vous êtes invités à vous forger cette maîtrise. Car en cas de contestation non verbale (le fait de ne pas parler faisant partie des interdits), la réprimande est très forte et peu parfois être appliquée par plusieurs instructeurs à la fois. En somme, il est demandé aux novices d’exprimer leur capacité à se retenir même pour des faits qu’ils désapprouvent absolument.
À 15h la colonne se forme à nouveau et à la tombée de la nuit, Batié Nord, ce lieu sanctuaire est atteint. On passe la nuit à proximité de la maison du prêtre suprême. Cette nuit devant rester gravée dans les mémoires, tout est mis à contribution et tout le monde prête main forte, plutôt bouche forte, à la tradition. Les parents, les accompagnateurs, les initiés intensifient le processus d’instauration de la peur et disent de façon récurrente : « il vous veut, mais n’ayez pas peur, nous sommes là ».
Comment va-t-on dissiper la peur, en un enfant de sept ans, parti loin de ses parents et à qui il n’a été donné la moindre explication préalable ? Comment lui faire accepter que ce Il inconnu et dont personne ne parle vraiment ne lui fera pas de mal ? Mais cela fait partie du processus et c’est peut-être même cela le secret du joro. Dans tous les cas, « nous sommes là », pour éviter à cet enfant tout mal éventuel. C’est le 1er degré de compréhension de la formule qui est prononcée et qui est censé dissiper ou, pour le moins, réduire la frayeur des jãkumà. Le deuxième degré de compréhension, et c’est le vrai sens de la formule, est qu’elle doit générer au maximum la peur. En disant : « Il vous veut » on affirme qu’il y a quelqu’un (quelque chose) à craindre mais qui ou quoi ? Personne ne sait. Et en ne sachant pas ce qui est à craindre, il est impossible d’envisager toute stratégie d’autodéfense. Comment se prémunir d’un danger que l’on ignore ? Par conséquent, il est très inquiétant, voire angoissant, de savoir que quelque chose arrivera sans savoir comment s’y prendre pour l’affronter parce qu’on l’ignore. En réalité cette formule participe à la logique de la construction d’un climat de peur, d’angoisse que le candidat au joro doit apprendre à maîtriser.

Le rite de la mort symbolique

Deux jours après leur arrivée à Batié Nord, le prêtre suprême fait creuser un trou dans le sol de 3 m de diamètre et 50 cm de profondeur environ. Dans ce trou, on y verse de l’eau du fleuve sacré. Dans cette eau, on verse un produit (une décoction d’écorces probablement). Puis, il fit approcher les novices accompagnés des gardiens qui leur ferment les yeux. Lorsqu’un cercle fut dessiné par la foule autour du trou, tous les candidats sont couchés sur le ventre. C’est alors qu’une voix retentit « buvez ». Lorsqu’ils ont absorbé l’eau sacré, ils sont dépouillés de tout ce qu’ils portent : vêtements, parures, tout. Le prêtre préposé à ce dépouillement fait une marque sur le dos et la nuque du novice. Après cette cérémonie, les néophytes se rendent au sanctuaire principal où les attend le prêtre suprême. Chacun d’eux entre dans une petite pièce obscure, accompagné de son parrain. Le prêtre, après avoir pris un peu de boue du fleuve contenue dans un canari installé sur l’autel fit une croix sur la poitrine. Cet acte est la reconnaissance officielle de l’accession de l’individu à la société du joro. De fait, il n’est plus un jãkumà, il est jòrbì, ce qui signifie enfant du joro.
Devenu enfant du joro, il devra être consacré à la divinité du joro. Cette consécration se déroule trois jours après. Pendant ces trois jours ils sont au repos, peuvent boire et manger selon leur volonté. Ils ne font plus l’objet de menaces de la part des anciens initiés. On ne cherche plus à leur faire peur. Pourtant, ont- ils rencontré le Il ? Ce Il est-il référencé au prêtre suprême ? Nul ne le sait véritablement, à l’exception sans doute des anciens initiés et maître d’initiation, à quel moment la rencontre a eu lieu. Ce qui est certain, seul le rhombe continue de troubler leur quiétude. Ils ne savent toujours pas d’où vient ce bruit.

Grâce à ce repos, ils sont prêts à se rendre au fleuve sacré le quatrième jour suivant. Une fois au fleuve, chaque groupe patriclanique se dirige vers un point précis. Celui-ci est censé être le passage emprunté par l’ancêtre au moment de la traversée du fleuve pour s’installer au Burkina Faso venant du Ghana. Regroupés par groupe de 10 à 20, ils sont aspergés d’eau par des vieux et des vieilles. Puis ils entrent dans le lit où ils se baignent. Sortis de cette baignade, ils s’enduisent ensuite de la boue du fleuve. Cette baignade quotidienne sera répétée trois jours de suite. Après ces trois jours vient le jour de la renaissance qui sera le jour suivant. Ce jour là, il n’y aura plus d’enduit de boue.
De retour au camp, les nouveaux initiés sont rasés complètement. Chacun récupère sa chevelure qu’il enveloppe dans une feuille. Au moment de recevoir son nouveau prénom, il porte dans la main son paquet et un cauri dans la bouche attendant debout. Lorsque le prêtre arrive, il lui demande son prénom de naissance. En ce moment, le jòrbì pour répondre, se baisse vers un trou qu’il a creusé dans le sol et, donnant son prénom de naissance, le cauri tombe dans le trou. Lorsque le prêtre prononce le prénom qu’il portera désormais, il jette son paquet dans le trou et recouvre le tout puis dépose dessus le caillou qui a servi à creuser le trou.
Cette fin de rite qui symbolise l’inhumation, atteste la mort définitive de l’individu, une mort par laquelle advient la nouvelle personne.

Conclusion :

Constatons, pour conclure ce chapitre et le cours dans son ensmeble, que l’initiation reste, pour les lobi, ce qu’il y a de plus réservé. Il apparaît après cette investigation que, malgré des recherches déjà menées par plusieurs ethnologues, que la détermination d’un contenu de l’initiation pouvant être considérée d’une plus grande substantialité reste difficile à établir. Parfois, on est même en droit de se demander si ce contenu substantiel ne consiste pas dans l’existence et l’entretien du secret qui l’entoure. En effet, comment comprendre la réticence de certains chercheurs initiés donc détenteurs du savoir qui pourtant n’est jamais révélé. Comment comprendre que ce qui est dit porte toujours sur ce qui ne peut être dit. En fait, l’ineffable devient plus important que le dicible. C’est donc sans doute en cela que le secret trouve son importance.
Cependant, il y a en cette résistance la preuve d’une tolérance. Accepter les choses comme telles est aussi une attitude scientifique en matière humaine car il s’agit de la culture de l’Autre avec ses exigences.
Par conséquent, ne pas chercher absolument à tout rationaliser, c’est accorder à l’autre un respect dans lequel nous manifestons notre rationalité par l’acception du non dépassement du seuil de découverte qu’est le secret comme limite. La vérité pour nous consistant donc en l’explicitation du sens du secret ; ce que nous avons fait.
Notre étude du joro se limite donc aux analyses ici présentées auxquelles s’ajoutent bien évidemment les développements d’autres auteurs ici cités et que je rappelle : Madeleine Père, Cécile de Rouville, Michel Dieu, Jeanne-Marie Kambou-Ferrand, etc.

This is an extract from a French essay concerning the Dagara of West Africa.
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